
PODCAST : https://youtu.be/raYKIBTlMYo
Jérôme Coll est un auteur auto-édité qui a publié son roman "D'un Sud à l'autre" chez Librinova. Merci à lui d'avoir répondu à mes questions !
1. D’où vous vient l’envie d’écrire ? Comment avez-vous commencé ?
Je pense que quand on aime lire, on a envie d’écrire, au départ comme les auteurs qu’on découvre, puis comme soi-même. J’ai commencé à écrire des « petites choses » quand j’étais ado et étudiant, puis des choses plus « sérieuses » dans le cadre universitaire. Un jour j’ai décidé de tremper ma plume dans une encre plus littéraire et c’est devenu mon premier roman ; un retour aux sources en quelque sorte.
2. Comment construisez-vous vos personnages ?
Ils tirent leur substance de personnes rencontrées au cours de ma vie, de mes expériences sur le terrain, africain en l’occurrence. Mon travail d’ethnologue m’a amené à pratiquer ce qu’on appelle une observation participante, une immersion dans la vie quotidienne des gens, il m’a suffi de restituer leur humanité. De personnes ils sont devenus personnages…
3. Quelles sont vos sources d’inspirations ?
La vie de tous les jours recèle souvent des situations romanesques pour peu qu’on l’observe avec une curiosité bienveillante. Concernant plus précisément « D’un Sud à l’autre », l’idée m’est venue suite à une conversation avec un cadre Malien lorsque j’étais coopérant là-bas à la fin des années 1990. Un soir, après un repas en tête-à-tête, il a souhaité me raconter une histoire, son histoire, très proche de celle de Tiéba, le héros du roman. Je lui ai demandé « Pourquoi vous n’en faites pas un livre ? », il a haussé les épaules… Cette histoire qui me trottait depuis longtemps dans la tête, j’ai fini par l’écrire moi-même en l’agrémentant de ma propre expérience et de mes connaissances sur le pays.
4. Votre moment préféré pour écrire ?
Je n’ai pas vraiment de moment préféré, ce peut être n’importe quand dans la journée. Certains auteurs disent écrire la nuit, pour ma part à ces heures-là je fais comme la plupart des gens, je dors.
5. Quelles relations entretenez-vous avec vos personnages ?
C’est une relation très intime car leur destin est entre mes mains, même si parfois je me demande si ce n’est pas le contraire… En tout cas on est très liés, d’autant que derrière mes personnages il y a souvent des personnes bien réelles avec lesquelles j’ai partagé des moments de vie, des amitiés. Dans le récit, j’essaie de me mettre à leur place, de les laisser se présenter eux-mêmes au lecteur, dans ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent. C’est pourquoi par exemple il y a très peu de dialogues, les personnages s’expriment au travers du narrateur, je ne suis finalement qu’un vecteur de leurs points de vue.
6. Avez-vous déjà écrit un livre avec un autre auteur ? Aimeriez-vous essayer ?
Écrire un livre à plusieurs ne doit pas être aisé, s’il s’agit d’un roman j’entends, mais pourquoi pas si c’est un essai… à essayer.
7. Avez-vous des projets d’écriture en ce moment ?
Des idées plus que des projets. En dehors de l’écriture, je travaille par ailleurs et il faut être sûr du temps et de l’énergie dont on peut disposer pour se lancer dans un véritable projet. Mais la plume recommence à me chatouiller sérieusement, j’ai déjà quelques notes sous la main.
8. Quel est votre endroit préféré pour écrire ?
Mon bureau, chez moi, je trouve que ça a un côté rassurant face aux doutes qu’on peut avoir devant la page blanche.
9. Quelles sont vos passions ?
Les deux grandes passions de ma vie sont mes filles de 12 et 7 ans. Pour le reste, les passions sont généralement assez exclusives, or beaucoup de choses m’intéressent, le monde est passionnant.
10. Votre signe astrologique ?
Sagittaire. Mi-homme mi-animal, ça me va…
11. Si vous étiez une capitale mondiale, quelle serait-elle ?
Une capitale proche de ma campagne catalane, je dirai Barcelone.
12. Votre plat préféré ?
Celui qu’on partage en famille ou entre amis, peu importe de quoi il est constitué, il aura toujours le goût du plaisir.
13. Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous ?
En ce moment ce serait une libellule pour la symbolique qui lui est attachée. Autrement ce serait un oiseau, un loriot jaune ou une huppe fasciée peut-être…
14. Etes-vous plutôt plat salé ou sucré ?
Globalement je suis plutôt salé mais avec les années je deviens gourmand de sucré. Ce n’est pas très bon pour la ligne mais tellement pour le palais…
15. Thé ou café ?
Café mais j’aime aussi le thé selon les circonstances.
16. Que préférez-vous écrire ? Les personnages ? Les lieux ?
Les personnages, incontestablement. C’est certainement dû à ma formation, ou plutôt à ma déformation professionnelle… En tant qu’ethnologue et socio-anthropologue ce sont les gens et leurs récits qui forment le « matériau » principal à partir duquel on travaille. Les lieux dans lesquels évoluent mes personnages sont tous d’une certaine manière façonnés par l’homme, par l’histoire des hommes. Comme Tiéba, j’aime poser ma main sur un vieux mur en pensant à celui qui a posé cette pierre à cet endroit précis. Et comme lui, je pense que le lieu n’est finalement pas si important, que le Nord ou le Sud ne sont que des notions, d’où le titre du livre, puisque la Terre est ronde et que si on va tout droit on arrive d’où on vient…
Jérôme Coll a, par une note explicative voulu donner quelques clés de compréhension sur son roman. La voici :
« D’un Sud à l’autre » aurait pu s’appeler « La logique des choses », « La Terre est ronde » ou « Le chemin de Tiéba »… Tiéba appréhende la vie avec ce que son grand-père appelle « la logique des choses », les choses en effet sont ce qu’elles sont et il ne faut pas les forcer, comme il ne faut pas forcer son destin. D’un autre côté, son père lui a enseigné que la Terre était ronde et qu’en allant tout droit on revenait là d’où on venait. C’est comme cela que Tiéba a tracé son chemin…
Au final, Tiéba marche droit, va toujours de l’avant, sans calcul ni préjugés, avec une bienveillance naturelle. Il chemine dans la vie avec des valeurs humaines simples, en restant honnête et cohérent avec lui-même et avec les autres. Il parvient ce faisant à concilier les « cercles » que lui décrivait le griot Dogon Antèmèlou et les cycles de la vie avec la linéarité du temps et de son destin. Il finit également par accomplir ses vœux, ses projets sans les avoir planifiés, naturellement : il avait confié à Jean-Pierre son souhait d’avoir deux épouses, cinq enfants, une maison, une auto, d’aider sa famille et son village et de visiter la France. Au final, il aura réussi à faire tout cela (en comptant bien sûr le « mariage blanc » avec Houleye et l’adoption de ses deux enfants).
Le lieu où l’on va, celui d’où l’on vient, le pays duquel on est originaire, n’ont finalement pas d’importance, tout comme la couleur de la peau, la religion et les autres « cercles » d’identité dans lesquels on se trouve enfermé volontairement ou non… Ce qui importe c’est ce que l’on fait, comment on le fait, dans l’humilité, la bienveillance et le respect de ce qui nous entoure. Cela conduit toujours à parvenir à réaliser de belles choses pour soi et les autres tout en restant soi-même.
Tiéba vit dans ce qu’on appelle un « pays du Sud », le Mali, et au sein de celui-ci il est originaire de la région du Sud, cette région natale qu’il adore tant et où il souhaite terminer sa vie. Il est donc au Sud du Sud… Malgré quelques réticences au départ, il est amené à travailler dans la région Nord du pays, dans le Nord du Sud donc, là où son destin et celui des trois sœurs va se nouer. Quant à Jean-Pierre, son ami, il habite dans le Sud de la France, un pays du Nord, dans un village proche de la Méditerranée où Tiéba ira lui rendre visite après être passé par Paris, accomplissant ainsi le dernier de ses vœux. Durant ce séjour, il prendra réellement conscience des différences culturelles et matérielles entre les deux pays, tout comme de la relativité des différentes visions du monde et de l’existence.
La fin du livre exprime à la fois cette relativité des lieux, des géographies, des gens, des cultures et l’idée qu’en allant tout droit on finit par faire le tour de sa vie comme on ferait celui de la Terre. Le temps et l’espace finissent par se rencontrer… Le dernier chapitre « Là-haut dans le Sud » renvoie en miroir au premier chapitre.
« Là-bas dans le Nord » : le bas, le haut, le Sud, le Nord s’entremêlent. Comme la vie accomplie de Tiéba, le livre lui-même est « bouclé » et revient en quelque sorte là d’où il était parti. Le dernier paragraphe renvoie au premier : dans le camping, Tiéba observe sous la pluie les « silhouettes obscures et le contour des tentes » des touristes venus « en exode » du Nord de la France pour trouver le soleil du Sud, tout comme vingt-cinq ans plus tôt il observait sous la pluie dans le camp les « silhouettes obscures et le contour des tentes » des réfugiés fuyant la sécheresse du Nord de la zone sahélienne.
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